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Irehh'aben
CHANTS POPULAIRES DES AURÈS
A travers le Grand Aurès, Batna, Khenchela, Oum El Bouaghi Irehh'aben font leur « come-back ». Un retour en force que les mélomanes et les inconditionnels de la chanson chaouie (berbérophone s'entend) essayent d'expliquer et lui trouvent plusieurs raisons. Pour Salim Souhali, musicologue, le retour d'Irehh'aben était prévisible.
Salim Souhali affirme qu'en dépit des années de vaches maigres ou, mieux encore, durant la période de chasse aux sorcières, que lui-même avait vécue, l'interdiction de chanter en chaoui n'a pas eu un effet dissuasif total. L'occultation constituait une sorte de défi, comme en témoignent Markunda, Your, Les Berbères et bien d'autres chanteurs et groupes.
Pour Irehh'aben, le mal était plus profond, car les adeptes de cette pratique musicale (chant populaire a cappella) devaient faire face à l'oubli et à la marginalisation, ennemis redoutables de la pratique des traditions et véritables alliés de l'acculturation. Plus que chanteurs ou conteurs, Irehh'aben sont devenus les gardiens d'une mémoire collective rarement écrite. Ils ont su, et à travers différentes époques, chanter les légendes, mythologies, faits d'armes et histoires d'amour. Pour étayer ses dires, Salim Souhali avance des exemples. La légende de Ayache a memmi (Ayache, mon fils), connue de tous à travers l'Aurès, est une histoire qui raconte la séparation d'un fils et sa mère car cette dernière avait refusé les propositions d'« un caïd » à l'époque coloniale. Ou encore l'histoire d'amour de « Anza », celle du justicier des Aurès « Azelmadhi » -le gaucher - qui avait pris les armes bien avant le déclenchement de la guerre de Libération.
De 1954 à l'indépendance, Irehh'aben ont contribué à transmettre d'un village à un autre les messages des moudjahidine, car chantés en chaoui, et les djounoud étaient au courant des faits et gestes de l'ennemi. Des Aïth Chlih aux H'rakta, des Aït Daoud aux Nemamcha si la langue demeure la même (malgré quelques différences), la formation de la troupe et sa composante diffèrent totalement. L'utilisation du bendir et de la flûte n'est pas toujours de mise. A Chemora, Irehh'aben se contentent de leurs voix et le rythme se calque sur la cadence des pas, comme c'est le cas pour Yabous, Imi n T'ob Par contre, Imedghassen d'El Maâdher, qui sont en vogue en ce moment, rythment leurs chansons par le bendir. De même pour les formations Rfaâ de N'gaous ou Chriaâ de Tébessa qui utilisent la flûte. Au Oued Abdi, la troupe El Bendou est mixte. Hommes et femmes se donnent la réplique, une pratique que l'on retrouve à Ichmoul et à Medina.
Si aujourd'hui quelques cassettes et CD d'Irehh'aben sont disponibles, ceci s'explique par l'ouverture de différents studios, dans la capitale auressienne principalement. Ils ont permis des enregistrements de qualité, de l'avis de F. Madani, propriétaire de studio et enseignant de musique. Cependant, un autre danger guette les troupes, celui de tomber dans la facilité et dans l'instrumentalisation sauvage. Le genre Irehh'aben mérite une prise en charge réelle par les institutions culturelles, car il n'est pas à l'abri de la « trabendisation ».
Syphax Source
: Le Matin 16/09/2002